De Bishkek, j'ai roulé vers le lac Issyk Kul (le deuxième plus grand lac de montagne après le lac Titicaca), j'ai longé la côte nord, roulé vers Karakol la grande ville (environ 65000 habitants) du nord est du Kirghizstan. Là je décide de m'aventurer dans des régions un peu plus reculées : la piste de Tosor (sur la côte sud du lac Issik Kul) à Naryn (une capital régionale). On me conseille de partir avec une semaine de réserve de nourriture, car pas de magasin en cours de route et peu d'habitants dans la région.
La première difficulté est de trouver la piste : aucun panneau d'indication. C'est très souvent le cas au Kirghizstan, mais le réseau routier est peu dense, ce qui limite les risques d'erreur. Mais ici il y a quelques chemins agricoles, des voies d'accès vers des habitations isolées. Je ne sais pas où aller. Je vais trop loin et suis obligé de faire demi tour. Je fais quelques aller retour vers le village où il est difficile d'expliquer que je souhaite prendre la piste vers Naryn. En effet, on m'indique toujours l'itinéraire en passant par Kochkor. Sur la carte c'est un très gros détour, mais ça permet de passer par des routes correctes en évitant la haute altitude. Je finis par faire la rencontre deux randonneurs catalans qui souhaitent faire le même itinéraire, à pied la première partie, puis peut- être en stop sur la deuxième partie. Nous campons deux nuits ensemble, la première nuit à la montée et la seconde à la descente.
La piste commence par la montée d'un col à presque 3900 mètres d'altitude. C'est très difficile. Quelques Kirghizes m'avertissent que cet itinéraire est infaisable, qu'il y a de la neige de la glace, du vent, du froid et que tout le monde descend. Plus je monte et plus c'est difficile. En cours de route, je rencontre deux suisses qui se déplacent avec un cheval. Lui est super pessimiste : tu y arriveras jamais, il y a au moins encore 700 mètres de dénivelé, il y a encore beaucoup plus de neige en haut, il y a pas moyen de camper etc. Tous ces avertissements ont faillis me convaincre d'abandonner, mais sa compagne est moins catégorique : c'est difficile mais faisable, le col peut être passé dans la journée. C'est décidé, je continue. Heureusement, je ne l'ai pas regretté.
La piste est en mauvaise état, surtout vers le sommet du col. La pente est très très forte par moment, et il y a de la neige verglacée. Mon vélo glisse, il y a des petite portion à très fort pourcentage de côte, la piste est très caillouteuse avec de nombreux trous. Pendant une heure, je suis à 1 km / heure. Dans ces portions particulièrement difficiles, j'avance par à-coups : je pousse un fort coup puis freine pour bloquer le vélo dès que possible, puis repos et je repousse etc ...
Finalement, je réussis à franchir le col dans la journée et j'arrive fatigué, soulagé et heureux au sommet. Je retrouve les marcheurs catalans dans la descente et nous campons à nouveau ensemble.
La piste vers Naryn passe par une dizaine de torrents sans pont à passer. Ils sont jamais très profonds, mais ça prend parfois du temps à traverser. Il faut trouver un endroit où je puisse passer avec mon vélo et je dois parfois enlever des sacoches pour alléger mon vélo.
Les paysages traversés sont très variés et grandioses : haute montagne, grande vallée de steppe, paysage alpin, canyon.
En cours de route, je rencontre en début d'après-midi un groupe de russes qui font de la descente de rivière. Dans le groupe, il y a des personnes qui parlent anglais, et aussi quelqu'un qui parle allemand. Nous pouvons relativement facilement communiquer ensemble. Ils sont installés là depuis le matin et s'apprête à descendre la rivière le lendemain. Ils m'invitent à manger, à dormir ici et à aller avec eux dans le sauna qu'ils ont installé dans la matinée. C'est une grande tente construite avec une bâche, avec un grand autel de pierres très chaudes, sur lequel on verse de l'eau bouillante. Tout le monde est tout nu dans le sauna et des branches de sapins sont utilisés pour se gratter et se frapper le corps. Après une quinzaine de minutes, tout le monde sort en courant pour se baigner dans le torrent voisin. Puis c'est à nouveau le sauna et la rivière en alternance ... Ca fait un bien fou.
Je me repose un jour à Naryn, puis je reprends la route. J'aurais souhaité visiter le lac song-kul, mais l'ambassade chinoise m'a donné un mois pour atteindre la frontière et je n'ai plus tellement de temps de disponible. J'ai horreur de ces caprices administratifs. Et encore, je peux m'estimer heureux d'avoir obtenu un visa, d'autres n'ont pas eu cette chance paraît-il. La route de Naryn à Kasarman est beaucoup plus difficile que prévu, c'est de la piste et les montées et descentes se succèdent. Je prends du retard. De Kasarman vers Jalal Abad, je me trompe de chemin, je perds du temps. Je suis trop juste niveau temps et je décide de prendre un taxi collectif pour faire une partie de la route vers Jalal Abad.
La route Jalal Abad – Osh - Kashgar s'est fait sans soucis et entièrement à vélo. Les paysages alentours de Sary Tash sont magnifiques. C'est une large vallée qui monte à plus de 3600 m d'altitude, avec vue sur le Pamir et le mont lénine (7134 m d'altitude, 3ème plus haut sommet de l'ex union soviétique) La route, en cours de reconstruction par les chinois est en travaux quasiment tout le long. Les chinois travaillent, les kirghizes regardent. Les camions passent en soulevant de tel nuage de poussières que ça m'oblige à des apnées de plusieurs secondes. J'apprends à Sary Tash que la frontière chinoise sera fermé du 29 septembre au 12 octobre pour les 60 ans de la république populaire de Chine. J'arrive juste à temps et je passe la frontière le dernier jour avant la fermeture.
Le Kirghizstan a été un pays magnifique pour les paysages, mais je n'ai globalement pas aimé la nourriture dans les zones rurales. C'est beaucoup trop gras (omelette avec presque plus d'huile que d'œufs par exemple) et ce n'est pas variée. Les épiceries sont également très mal fournies : souvent pas de pain, pas de fruit ou légumes et parfois juste des cigarettes et de la vodka. Seul les villes relativement importantes permettent de s'approvisionner correctement, avec marché et épiceries plus fournies.
Quel plaisir de manger côté chinois après le Kirghizstan et l'Ouzbékistan. Certaines recettes ouïgour ressemblent à des plats d'Asie centrale, mais de ce côté ci, elles sont nettement mieux préparées. Au Kirghizstan, les plats sont souvent préparés à l'avance et gardés au chaud parfois très longtemps. Mais côté chinois tout est frais et préparé à la commande. Même les lagmas (spaghetti) sont fraiches et fait à la main. Dans les plus grandes villes, j'ai accès à la cuisine chinoise des hans, l'éthnie majoritaire. Les plats sont variés et bons.
Autre changement : la conduite. Au Kirghizstan, la conduite est souvent une course permanente. Les voitures sont assez souvent vieilles et puissantes, les routes sont par endroits dangereuses avec de nombreux virages. Ils dépassent n'importe comment et il y a beaucoup d'alcoolismes au volant aussi. De tous les pays où j'ai roulé, le Kirghizstan me paraît le plus dangereux sur la route. Même la conduite iranienne me paraît meilleur. Côté chinois la conduite est nettement plus "normale". L'ouest chinois est beaucoup plus sec que le Kirghizstan. Je passe du pays des chevaux au pays des chameaux.
Mon visa chinois d'un mois a une durée insuffisante pour voyager à vélo. Je prends le train de Kashgar vers Urumqi, de Urumqi vers Xian, de Xian vers Pékin (où je fais mon visa vietnamien), de Pékin vers Nanning. Je visite les incontournables dans ces villes (l'armée des soldats en terre cuite, la cité interdite, le palais d'été, la grande muraille de chine près de Pékin)
A Nanning et dans le Nord du Vietnam, j'ai un gros mal de dent et de la fièvre. Je prends des antibiotiques et je guéris au bout de quelques jours. Les marchés sont des endroits que j'aime visiter. De nombreux fruits et légumes dans les marchés du Kirghizstan (J'étais à la saison des récoltes), de Chine et du Vietnam. Les marchés de Nanning et Hanoï sont particulièrement exotiques. De nombreux animaux sont gardés vivant pour montrer leur fraicheur comme des poules, des canards, de nombreuses sortes de tortues, de crapauds, de serpents, de poissons et de fruits de mer. On trouve également du chien, du poisson séché et des brochettes d'insectes ...
Je vois donc quasiment seulement la Chine des villes, à part l'extrême ouest de la frontière Kirghize jusqu'à Kashgar. Le coût de la vie en Chine peut être assez élevé comparé à d'autre pays en développement.
Les auberges de jeunesse sont souvent de très bonne qualité et sont de bons endroits pour faire des rencontres. A Xian, par exemple, je rencontre un français qui fait le tour du monde à pied.
Je roule de la frontière vers Hanoï (capital du Vietnam), visite Hanoï et prends le train pour Ho Chi Minh city, qu'on appelle aussi Saïgon. C'est la capitale économique et la plus grande ville du Vietnam.
Cinq jours de trains ont été nécessaire pour faire les 1200 km qui séparent Hanoï de Ho Chi Minh, au lieu de deux normalement ! Le typhon Ketsana a endommagé les voies, il y a eu un changement de train et une partie du trajet effectuée en bus. Ces quelques jours de train étaient pénibles. La nourriture n'était pas bonne (j'ai vomi), nous avions aucune informations sur quand le train allait repartir et du coup on ne pouvait pas s'éloigner du train pour se promener.
En Chine et au Vietnam, pour le vélo et mes bagages, j'utilise un service de transport de bagages par train. Ça permet de voyager tranquille dans le train.
J'ai donc fait un mois de voyage sans vélo. J'ai passé du temps dans les transports en commun, visité des villes et des sites culturels … Cette forme de tourisme m'a nettement moins plu que le voyage à vélo qui facilite une découverte plus profonde des régions traversées (les gens, les traditions, les habitudes, les paysages), en particulier hors des sentiers battus. J'aime rouler à vélo et camper au milieu de nulle part. Les régions reculées et montagneuses m'attirent particulièrement. Cet itinéraire Tosor Naryn Kasarman, bien que difficile, m'a particulièrement plu. Je n'ai finalement pas pu partir dans le Tibet pour des raisons de visa, mais faire du vélo dans des zones isolées et montagneuses est une expérience que je souhaite renouveler.
Je suis maintenant à Ho Chi Minh depuis plus d'une semaine où je m'installe quelques temps pour travailler. J'ai un nouvel ordinateur portable, un nouveau numéro de téléphone.
C'est une nouvelle expérience qui commence pour moi : mener à bien un projet informatique dans un pays étranger.

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Le sauna russe.
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P1020572.JPG P1020574.JPG P1020578.JPG P1020613.JPG P1020634.JPG P1020649.JPG P1020669.JPG P1020672.JPG P1020676.JPG P1020680.JPG P1020693.JPG P1020698.JPG P1020700.JPG P1020705.JPG P1020720.JPG P1020731.JPG P1020742.JPG P1020765.JPG P1020795.JPG P1020843.JPG P1020845.JPG P1020848.JPG P1020880.JPG P1020909.JPG P1020943.JPG P1030098.JPG P1030105.JPG P1030134.JPG P1030137.JPG P1030163.JPG P1030192.JPG P1030285.JPG P1030295.JPG P1030162.JPG P1030166.JPG P1030224.JPG